La compétence

À la différence de la qualification, qui mesure les savoirs et les savoir-faire, la compétence mobilise le «savoir-être» du salarié.

Vous avez dit subjectivité?

Qualification, compétence, quelle différence ?

Dès leur origine, latine, la première désigne l’attribution d’une qualité, la seconde un «juste rapport» selon la définition du dictionnaire.
Plus tard, la première désigne les connaissances et les diplômes quand la seconde pointe la capacité d’une personne dans un domaine précis.
Les deux pourtant s’appliquent à des postes de travail et à des qualités requises.

Alors, où est le problème?

Eh bien, dites à quelqu’un qu’il est incompétent, il ne ressentira pas la même chose que si on lui dit qu’il n’est pas qualifié.
Peut-être parce qu’être considéré incompétent touche ce qu’il y a de plus profond en soi, pas seulement des savoirs et des savoir-faire, mais ce qu’on est.
C’est bien ce «plus» – ce qu’on est ou plutôt ce que l’employeur veut qu’on soit – qui définit la compétence. Ce savoir-être n’était pas une qualité reconnue pour la qualification.

Avec la compétence, quel bon système !
Il mobilise savoirs, savoir-faire et savoir-être du salarié.

Mais ce n’est pas la seule différence.

La qualification, jusqu’alors propriété du travailleur, objet de négociations entre patronat et syndicats de salariés, peut en permanence devenir l’objet d’une remise en cause.

Avec la compétence, l’employeur voit renaître l’espoir. Il est libéré des chaînes qui l’entravaient : l’engagement du travailleur peut être entier. Mieux, son engagement doit être entier pour qu’il réalise la performance attendue. Le salarié se doit à lui-même d’atteindre les objectifs qu’il se fixe. Il doit se soumettre à une validation permanente de ses acquis professionnels, faire la preuve de son adaptation au changement.

Ce système nous plonge dans les affres de la méritocratie ! Chacun peut enfin être responsable de soi, ramené à son individualité, faire mieux et plus que les autres, dans un univers où les protections
et garanties collectives doivent s’effacer. Magnifique réenchantement du monde du travail ! Et tout ça, pour quoi et pour qui, quand le but du travail n’est plus la qualité du produit ou du service mais la rentabilité?

Et si nous changions le travail, pour qu’il soit utile aux humains et favorise un développement harmonieux de la nature ?

Et si nos connaissances, nos expériences, nos qualifications, mises ensemble, nous servaient à développer nos capacités, pour agir en ce sens ?

Illustration : Babouse
NVO (janvier 2017)
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