Partenaires sociaux, mais pas trop

Lorsque des négociations impliquent les organisations patronales et les représentants des travailleurs, la presse – comme le pouvoir politique – adorent désigner ces négociateurs comme des «partenaires sociaux».

Mais n’y a-t-il là qu’une simple délicatesse de style ? Pour y réfléchir, demandons- nous ce qu’est un partenaire.

En une première approximation, on pourrait le définir comme une personne à laquelle on est associé dans le cadre d’un jeu, d’un spectacle, d’une rencontre sportive, voire d’une relation sexuelle, toutes activités où des ressources sont mises en commun pour atteindre certains objectifs : gagner une manche, réaliser un beau spectacle, se donner du bon temps …

Un partenariat, c’est donc une rencontre fondée sur trois principes. Le premier est l’équilibre: les partenaires sont tous acteurs, ce qui ne veut évidemment pas dire que leur contribution à l’action est exactement de même nature ou de même intensité. Le deuxième est la profitabilité : l’action entreprise doit être bénéfique à tous les intervenants. Le troisième pourrait être appelé principe d’orientation : la profitabilité n’a de sens qu’en fonction de certains objectifs. Cette schématisation ne serait pas complète si l’on n’ajoutait un quatrième trait, qui traverse les trois premiers : la positivité. Une relation entre partenaires implique l’ouverture à l’autre.

Baptiser les participants à une négociation du beau nom de «partenaires» est donc lourd de présupposés.

Alors que ces «partenaires» ne sont pas à égalité (puisque juridiquement les uns sont soumis aux autres par un lien de subordination, et que ces autres exploitent le travail des premiers), on suggère non seulement qu’ils ont exactement le même poids, qu’ils ont intérêt à s’entendre et que tous sortiront assurément gagnants-gagnants de leur partie, mais aussi que leurs objectifs sont ou doivent être communs et qu’ils sont gentils comme des Bisounours.

L’expression convient donc très bien au patronat, qui s’en accommode et l’utilise car elle masque le rapport antagonique entre lui et les travailleurs.

Malheur, donc, à celui ou celle qui oserait affirmer qu’il n’a pas du tout les mêmes objectifs que ses interlocuteurs ! Et, bien sûr, malheur à celui ou celle qui déjouerait le jeu du partenariat en parlant – ce qui est souvent plus conforme à la vérité – d’ « adversaires sociaux ».

Illustration : Babouse
NVO (Mars 2018)
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