Bétharram, un cas isolé ? en version imprimable
Cela fait désormais 3 semaines que les premiers articles de Médiapart sont parus au sujet des violences au collège-lycée de Bétharram.
On décompte dorénavant plus de 150 plaintes, autant de preuves du silence assourdissant des institutions pendant des décennies. Va-t-il continuer ?
La stratégie de dénégation à coups de vérité alternative #trump semble trouver écho au gouvernement.
Ainsi, la posture de F.Bayrou, élu béarnais depuis 1982, ministre de l’Education nationale (1993-1997) et actuel premier ministre est emblématique.
Son premier réflexe a été de nier savoir ; puis, devant les preuves de son implication, de crier à la cabale politico-médiatique. Il a été immédiatement soutenu en ce sens par le gouvernement notamment par Élisabeth Borne, ce qui est d’autant plus inquiétant que son ministère est directement concerné par le dossier.
Ainsi, alors qu’un nouveau texte applicable dans l’enseignement privé sous contrat va bientôt sortir sur la protection des lanceur·euses d’alerte, la situation vécue par Françoise Gullung est symptomatique. Professeure de mathématiques à Bétharram jusqu’en 1996, elle a tenté d’agir contre les violences en alertant dès 1994 Elisabeth Bayrou (responsable de pastorale au sein de l’établissement). Conséquences : F. Gullung a été accusée d’entretenir un état d’esprit « négatif » et de vouloir porter atteinte à l’établissement. Un inspecteur d’académie a relayé les affirmations de la direction de Bétharram sans enquêter puis a préconisé sa mutation.
Silenciation généralisée
Au rectorat comme au ministère, les témoins de ces années expliquent qu’il n’était pas envisageable de réellement contrôler les établissements privés sous contrat. Le service de la DGESCO rappelle que c’est la DAF qui est chargée de l’enseignement privé. Parallèlement, le diocèse affirme qu’il ne peut agir contre une congrégation. En résumé : ce n’est pas moi, mais les autres.
La mécanique de la silenciation s’est donc poursuivie avec toute une chaine d’appuis explicites ou par omission (APEL, personnalités connues, diocèse, pouvoirs publics…). Du coté de la justice, cela se traduit par plusieurs plaintes qui sont classées sans suite ce qui aggrave encore la situation des plaignants.
Des responsabilités difficiles à faire reconnaitre
- Du coté institutionnel, le rapport de la CIASE a apporté un début de reconnaissance de la responsabilité de l’enseignement catholique. Cela n’a d’ailleurs pas été sans mal pour les membres de la commission Sauvé. Mais il est nécessaire de poursuivre ce travail en mettant en lumière les ressorts de la silenciation au sein de l’Église et de ses soutiens.
- Du coté politique : le vote récent de la mise en place d’une commission d’enquête sur « les modalités du contrôle par l’État et de la prévention des violences dans les établissements scolaires » à l’initiative de P.Vannier va dans le bon sens. Encore faut-il que cette enquête se déroule sans entrave et que la commission soit dotée de moyens suffisants pour que des décisions soient prises.
Certes, actuellement, grâce à l’engagement et au courage des victimes, la reconnaissance des violences systémiques est engagée pour Bétharram.
Mais pour reconnaitre les violences passées dans d’autres établissements et faire de la prévention pour l’avenir, que décidons-nous ? D’autres situations sont en passe d’être médiatisées (1 – 2) : il est de notre responsabilité collective qu’elles soient reconnues.
La CGT enseignement privé rappelle qu’il est urgent d’exercer des contrôles dans les établissements privés sous contrat pour les situations de violences comme pour celles de souffrance au travail des personnels. Ils doivent se dérouler en toute transparence, être généralisés, réguliers et pérennes. La parole de chacun·e – élèves, enseignant·es, AESH comme salarié·es de droit privé – doit être entendue et respectée.
La CGT-EP rappelle que SGEC n’est pas un ministère de l’Éducation nationale bis : ce n’est pas à lui de décider des programmes de l’Education nationale ou de la légitimité des contrôles dans les établissements sous contrat. De même pour les tutelles diocésaines ou congréganistes : elles désignent le chef d’établissement, signent ou retirent sa lettre de « mission ecclésiale » mais refusent trop souvent d’agir et parviennent à être dédouanées de toute responsabilité en cas de problème.
En conséquence, la CGT-EP demande que les chefs d’établissement restent sous le contrôle des autorités académiques ainsi que les textes le prévoient. Il faut aussi interroger leur mode de désignation et leur formation afin que des situations comme celle de Bétharram ne se reproduisent pas.
Pédocriminalité dans l’Eglise : des membres de l’Académie catholique de France critiquent le rapport Sauvé - Le Monde 26/11/2021