Humeur #confinement – Si on m’avait dit …

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« Si on m’avait dit, il y a 20 ans, que je me retrouverais sous un bureau pour me protéger du risque d’attentat, avec un masque sur le visage pour lutter contre la contagion d’un virus planétaire, je crois que je serais parti en courant… »

Jeudi 19 novembre. 9h30.

Je travaille dans la salle des profs. La sonnerie retentit pour marquer le début de l’exercice PPMS. C’était prévu. Comme les quelques collègues présents à ce moment-là, je file sous le bureau, en mode « confinement ». Isabelle est assise à quelques mètres, sous la table de l’imprimante. Goguenarde, elle me prend en photo, puis m’envoie le cliché par sms. Le flash.

Le flash : 23 ans en arrière. J’arrive en formation à l’IUFM…

… oui, en ce temps-là, les torchons et les serviettes étaient mélangés : les profs du public et du privé suivaient la même formation, dans un même lieu, puisque nous partagions le même souci de faire réussir les mêmes jeunes qui nous étaient confiés.

Bref, si voilà 23 ans, on m’avait annoncé qu’en 2020…

…je me retrouverais sous un bureau pour faire un exercice compte tenu du risque d’attentat, et que, sous ce bureau, je serais masqué pour me protéger de la contagion d’un virus planétaire, je crois que j’aurais cherché la caméra de Marcel Béliveau (clin d’oeil générationnel).

Si on m’avait annoncé que j’aurais besoin d’une attestation pour sortir de chez moi et aller bosser, que je ne pourrais pas me rendre en forêt puisqu’elle est à 3km de la maison et que mon périmètre de sortie autorisée était dépassé, je crois que j’aurais commencé à rire jaune.

Si on m’avait prévenu que je ne verrais que la moitié du visage de mes élèves, que je ne remarquerais jamais leurs sourires ou même leurs mines taciturnes, que les cinq premières minutes du cours seraient consacrées à leur pulvériser du gel hydroalcoolique sur les mains, en les gardant le plus souvent possible à un mètre de distance les uns des autres, j’aurais commencé à me méfier.

Si on m’avait raconté que j’écrirais ces quelques lignes après avoir appris que le ministre de l’Éducation Nationale avait contribué à créer de toutes pièces un syndicat lycéen à sa botte, qu’il l’avait financé pour manipuler et se payer des jeunes chargés de vanter des réformes aussi absurdes que les méthodes sont grossières, pour sûr, je pense que je serais parti en courant.

Enfin, si j’avais appris que le sénat voterait le report de l’âge de départ à la retraite à 63 ans, après 43 années de carrière, alors que lors de mon entrée dans le métier il suffisait de 37,5 années de labeur pour jouir de quelques années de repos bien méritées.

Si on m’avait prévenu que le salaire d’un professeur débutant serait tombé au niveau du SMIC, que l’on recherchait maintenant des enseignants sur « leboncoin » (il parait que ce sera plus efficace que le minitel), c’est clair : je me serais tapé la tête contre un mur pour tenter de me réveiller.

Et pourtant nous y sommes. Acculés et obéissants. Sidérés.

Et le pire dans tout ça ? C’est peut-être de relater ce retour en arrière un dimanche soir, tranquillement installé devant mon ordinateur. De toute façon j’ai le temps, puisque j’ai déjà bénéficié aujourd’hui de mon heure autorisée pour sortir le chien !

Alors je ne peux pas me résigner. Je rêve d’un vent frais qui pourrait souffler dans les mois à venir. Il ne tient qu’à nous. Vite, ressaisissons-nous. Construisons notre monde d’après. Reprenons en main de notre destin collectif. Retrouvons-nous, discutons, débattons, militons, rions de cette période. Luttons ! Vivons !

Serge VALLET
Normandie

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